Extraits de "LA RICHESSE DES HOMMES : VERS L' ECONOMIE "QUATERNAIRE" de Roger Sue, Editions Odile Jacob - 1995
"Depuis 1973 la formidable croissance de la richesse (doublement entre 1973 et 1995) s'est accompagnée d'une non moins remarquable réduction du volume global de travail. La réalité est à peine croyable et d'ailleurs jamais commentée : la durée moyenne du travail correspond aujourd'hui à 8% de la vie éveillée, et concerne à peine un français sur trois...
Cette croissance s'est accompagnée de la montée d'une misère sociale inédite (20 à 25% de la population active en dessous su seuil de pauvreté....
De plus en plus de richesses avec de moins en moins de travail... Le temps ainsi libéré du travail , désormais temps majeur de l'existence, est loin de se réduire à un temps de consommation passive ou d'inactivité.....C'est aussi un temps d'information, de formation, de réalisation de soi, d'activités familiales, de socialisation, de production individuelle (autoproduction) ou collective, d'engagement associatif, etc. C'est à dire un temps productif à part entière.
L'ensemble de ces activités représente une production de richesse supérieure à la production du travail formel, entre 110 et 120% du PIB (source INSEE)
Ce qui est produit hors travail est supérieur au travail lui-même. Mieux, la qualité, la performance, la valeur et finalement la productivité du travail (marchand) sont étroitement dépendantes du développement des activités hors travail.
Nous sommes entrés dans une économie de l'immatériel où l'information et ses technologies, la formation et le capital humain, les services personnalisés et la connaissance de la demande sociale sont au coeur de la croissance.
Cette économie, à côté et dans le prolongement des secteurs économiques existants (primaire, secondaire et tertiaire) devrait logiquement prendre le nom de "quaternaire".
Ce secteur, libérant l'économie immatérielle et son potentiel d'intelligence, devrait ouvrir une phase d'expansion. Il devrait permettre le "déversement" et le transfert d'un secteur à l'autre, comme le primaire agricole s'est autrefois "déversé" sur le secondaire industriel, et ce dernier sur le tertiaire des services.
Toute l'histoire économique prouve qu'il s'agit d'un mécanisme fondamental pour utiliser les gains de productivité et relancer l'économie vers de nouveaux besoins à satisfaire. Le secteur quaternaire devrait permettre, en offrant une solution de rechange ou une activité complémentaire, de libérer le travail dans le secteur marchand, de le rendre plus productif et finalement de mieux le partager.
Le travail, l'emploi et le marché ne peuvent plus être les principes fondateurs de nos sociétés puisqu'ils font chaque jour preuve du contraire!
Qui, mieux que les associations, peut aujourd'hui restaurer le lien social au triple sens du lien interpersonnel, du lien collectif et du lien d'appartenance à un espace national? Qui est à même d'offrir d'authentiques services relationnels à partir des besoins réels de la personne, en matière de santé, d'action sociale, d'éducation, de culture ou de loisirs? La réponse se trouve du côté de la vie associative...."